Complainte pour un enfant qui meurt

Blessé par trop de nuit
Ou par trop de lumière
Par trop d’éclats de voix
Qui veulent tout nous dire
Blessé par ce qui vient
Tout droit de notre cœur
Par ceux qui disent tout connaître
Je demeure éveillé
Jusqu’au fond de moi-même
Comme devant la foudre
Les oiseaux inquiets

Vivre inlassablement
Face au vide
Face au mensonge permanent
Je n’ai plus un regard limpide

Tout au bout de la terre
Dans une ville agonisante
Dans la fumée et dans le sang
Je crie pour les enfants qui pleurent
Je crie pour les enfants qui meurent

Tout est fait contre l’homme
Dans le cœur des cités
Les murs dressés superposés
Les injures et les mystères
D’un bout à l’autre de la terre

Ne me dites plus rien
Ils me font rire ceux qui savent
Dans un monde d’obscurité
L’espoir montre ses cicatrices
La vie étroite ses serrures
Et la mort montre ses désastres

La guerre affûte ses couteaux
Et l’homme est contre l’homme
Le ciel est grillagé
Les portes sont clouées
L’amour est de l’autre côté