Notes plurielles

Seule compte la Poésie, non le poète

Je suis un poète qui vit dans l’ombre. Pour me trouver il faut aimer les sous-bois de la poésie

La poésie n’est pas pour moi un exercice littéraire, c’est l’écoute d’une voix proche ou lointaine. Jetant un œil charnel vers l’inconnu, cette réalité qui nous est étrangère, j’ai tout écrit sous la dictée du cœur, des feuilles, des oiseaux et des sources, de ce long roulis de la vie quotidienne.

J’écris pour mieux toucher le monde qui m’entoure. Dans l’émotion j’ai dit ce qui m’arrive. J’ai engrangé tout simplement une moisson qui n’a aucune histoire.

Si les hommes se sont écartés des poètes, c’est parce que les poètes ont écartés de leur chemin les hommes. Raidis dans leur orgueil, ils ont fermés les portes, obscurci leur langage, dressés des murs d’incompréhension entre eux et les autres. Les poètes parlent, pontifient. La poésie est ailleurs.

Retour à la clarté, à la simplicité, à la parole sensible.
Je m’apparente à ceux qui veulent se faire comprendre et non à ceux qui cherchent à se rendre obscur.

La poésie est intuitive. Elle n’est pas la forme mais elle dicte la forme. Toute image passe à travers notre nuit comme un pont jeté d’une rive à l’autre. Quand un poète semble nous dire une vérité, il ne sais pas qu’il dit une vérité, il ne sait pas que c’est une vérité.

La poésie existe, elle ne s’invente pas.

Le poème est de la poésie qui se minéralise.

Les plus mauvais poèmes sont ceux qu’on a la volonté de faire.

Les poètes meurent, la poésie demeure.

Au jardin, j’ai découvert la ponte d’un insecte. Voilà autant de promesses de vie que de promesses de mort. Voici qu’au ciel une étoile s’inscrit dans l’anéantissement. Tout disparaît, rien ne meurt. Les blancs et les silences ne sont pas vides. Un chant se poursuit futur et rituel dans une immense fluidité.

L’amour de la vie nous la rend plus vivante encore. Nous n’épuiserons jamais toutes les nourritures. Nous n’en n’aurons pas encore le temps. La vie est courte, voilà la véritable tragédie.

J’ai ce qui vient du sang et me méfie de ce qui vient de l’esprit.

Je crois en la facilité, au hasard, en ce destin qui nous consume. Le monde est enveloppé de mystères. Ce que nous connaissons ou nous croyons connaître n’est qu’une infime partie de l’inconnu.

Notre enfance coule comme le contenu d’une bouteille qui a perdu son étiquette, mais le goût est vivant au fond de notre cœur.

Notre aventure humaine est terrestre. C’est en songeant à cette appartenance que tout artiste doit créer.

Les illusions entretiennent une certaine flamme, comme l’espoir qui nous retient devant l’abîme, devant les portes du ciel dont nous avons perdu la clé.

Partout où il y a la vie, il y a cette volonté de la conserver. Où serait le monde sans cette force ?

Toutes les manifestations expressives de l’homme qui vont de l’art jusqu’à l’érotisme ne sont que les excès de son exaltation qui s’engouffrent, par le trop-plein, dans la fatalité de son existence.

Dieu est trop grand, les religions sont trop étroites.

Ce n’est pas moi qui suis triste, c’est la vérité qui est triste.

La sève coulant sous l’écorce de l’arbre, je le sais préparant l’ombre que feront les feuilles durant tout l’été.

Je n’ai rien à expliquer.

Loin de ceux qui veulent m’en imposer je me rejoins dans une solitude.

Je ne souffre pas de la solitude, mais du manque de solitude.

J’ai toujours eu un goût fervent, contemplatif pour la nature. La forêt, la campagne, toute les bêtes me sont apparentées. J’aime la terre, les paysans. Je suis accidentellement un homme de la ville.

J’ai souvent ressemblé aux autres : c’était pour mieux leur échapper.

J’existe comme un arbre. J’ai mes racines, mes feuilles et le ciel par dessus qui m’est tout à fait inconnu.

Ce qui compte n’est pas ce qu’on cherche mais seulement ce qu’on trouve.

Ont dit que les croyant ont de la chance. Ils s’en remettent à la divine providence. Les autres tournent en rond et ils se cognent de mur en mur. Pas toujours, il y a l’espérance tout au bord de la nuit et même en plein dedans. Je ne renonce pas à l’impossible.

Je suis comme un enfant assis à l’orée d’un bois. Je ne sais pas ce qui vas venir : un cerf, un beau petit lapin ou un loup affamé. Mais je vis et j’admire. Les papillons, les fougères, les arbres plein d’oiseaux sont plus de merveilles qu’il n’en faut pour prouver l’ingéniosité, les multiples ressources de Celui qui mit tant de malice à nous offrir bien des mystères dans la plus humble fleur, dans l’insecte autant que dans le cosmos.

Les mots sont illusion, c’est l’Esprit qui demeure. Tout le bonheur est dans cette continuité, dans cet inaltérable éclat des profondeurs de notre être le plus intime, le plus vrai par rapport à l’autre qui disparaît.

Les mots que j’écris s’accumulent comme des objets dans un grenier, des souvenirs dans la mémoire. Musée des mots ! Je viens revoir ici tous mes visages. Mais derrière tout cela est-ce vraiment le même homme qui apparaît ?

Orphée chantait à voix haute au milieu des enfers. Les anciens aèdes étaient proche du peuple. Ils avaient la sagesse, leurs mots restaient gravés au fond du cœur de l’homme et leur parole était comprise.

L’homme a toujours besoin de poésie, de cette haute expression de la vie, de cette image incongrue de lui-même. Mais, aujourd’hui, il est séparé du chant du poète parce qu’il ne l’entend plus. Les manieurs du verbe ont abusé de lui, de son jugement. Une responsabilité énorme est encourue par ceux qui empoisonnent le mental collectif.

Nous sommes comme ces imbéciles qui cueillent dans la forêt les champignons qui sont à leur portée et les mangent sans distinguer le bolet comestible de l’amanite phalloïde.

Il est temps d’aller à contre-courant, de retrouver les bases naturelles de la sensibilité, de l’enthousiasme et de l’amour.

J’existe comme un arbre. J’ai mes racines mes feuilles et le ciel par dessus qui m’est tout à fait inconnu.