Autobiographie

 

 

On me dit que je suis poète. Je n’en sais rien. Mais on le dit.

La vie est une histoire pleine d’aventures, de couleurs et de rencontres. Je suis né d’un père géomètre et d’une mère musicienne. Leur chemin aux multiples déplacements connut beaucoup d’épreuves et de malheurs. Mon enfance fut une enfance nomade, jamais fixée, changeant d’endroits selon le cours des événements. A 5 ans, caché sous la table de la salle à manger, j’écoutais le piano sous les doigts de ma mère et j’embrassais son violon. J’étais bien jeune alors pour comprendre cette émotion qui m’arrivait.

Je n’ai jamais aimé l’école. Je changeais de lieu trop souvent, de ville, de village, de professeur, de camarade. Chaque déplacement de mes parents me projetait dans un nouveau dépaysement et isolement. Il fallait m’arracher et tout recommencer à chaque étape. C’était toujours avec un sentiment de solitude et presque d’abandon. La nature, les oiseaux et les arbres, les fourmis du jardin, les grillons de l’été remplaçaient tout ce qui me manquait.

C’est ainsi que les années passèrent. La guerre, la débâcle, une longue maladie. Jusqu’à ce jour où je rencontre, à Lille, Marie Lalou. C’est une femme de 60 ans, infirme, poète inconnue, mais amie des poètes et des livres. Dans sa bibliothèque je fais la découverte de Baudelaire, de Verlaine, de Rimbaud et de son Bateau ivre, d’Apollinaire puis d’Eluard dont la voix ne peut pas s’oublier. J’entre en relation avec Armand Dehorne, Gabriel Laniez, Emmanuel Looten, poètes du Nord qui deviennent mes amis. On ne pouvait mieux faire rêver un jeune homme qui balbutie alors, intuitivement, ses premiers vers par contagion ; et tout a commencé par la lecture.

Après quelques poèmes parus dans une anthologie de poésie de la Flandre Française, s’installe une longue période de doute et d’interrogation. Ma plume sèche au bord de l’encrier. J’épouse une parisienne et j’arrive à Paris où tout va s’enchaîner rapidement.

Dans une librairie du quartier latin et dans la collection des Poètes d’aujourd’hui, je fais la connaissance de René Guy Cadou et trouve deux volumes de son œuvre poétique publiés par Seghers. C’est la révélation. Aussitôt cette poésie de pleine poitrine mêlée aux rythmes de la terre, remplie de vie, de souvenirs d’enfance et de clarté nouvelle provoque en moi un choc émotionnel « La poésie est née d’un sentiment d’amour » écrit Cadou pour notre usage interne.Quelle tendresse apparaît dans ces mots lumineux comme le ciel.

Plus tard j’irai à Louisfert retrouver l’ombre présente du poète, sa demeure, son bureau, sa plume et son visage. Un entretien avec Hélène Cadou sera gravé dans ma mémoire comme un vivant souvenir.

Ma relation avec la poésie va se poursuivre sous cette vivifiante influence et mon évolution suivra sa petite pente. Pourquoi se perdre dans ce qu’on n’aime pas ?  En I972 Jean Rousselot, à qui j’ai adressé et dédié un poème, m’envoie chez son ami poète Bruno Durocher directeur de « Caractères ». C’est lui qui publiera mon premier recueil Amour, paroles rebelles avec une préface de Rousselot. Cette publication et son service de presse feront l’objet de quelques notes de lecture dans les revues de poésie : en naîtra une suite d’échanges épistolaires avec Hélène Cadou, Michel Manoll, Jean Bouhier, Andrée Chedid et René Char. Avec Jean-Paul Mestas qui conjugue les saisons avec un cœur rempli d’oiseaux les merveilleuses rencontres se multiplient. Son association, son épouse Christiane et leur revue « Jalons » organisent des réunions à St Mandé. Ils invitent des poètes. C’est comme cela, au bout de ces trajets, que je ferai d’autres nouvelles et agréables rencontres : Henri de Lescoët, Marguerite Grépon, Armand Olivennes, Jeanne Maillet ; et Jean-Claude Coiffard avec sa poésie qui vit et respire, qui joue avec les mots comme un enfant avec ses rêves.

Ma vie est remplie d’amitié, et je réserve, pour finir, cette relation de longue durée avec Francis et Arlette Chaumorcel dont la poésie fraternelle, au service de l’humain, chante sous le ciel et sur la terre du Nord ce qui la touche et ce qu’elle a envie de dire pour que le merveilleux se mette à vivre. C’est avec eux, avec « les éditions de l’Epinette » que vont paraître « Le Nord au cœur », « Les chemins de la mer » et « Chant d’arrière saison » qui termine ce trajet.

    Mes poèmes sont des poèmes de circonstance. Ils ont été dictés par l’amour de la vie, par la nature entière, par ce qu’elle me disait, par l’enfance, par le rêve, par le Temps qui s’en va et par tant de visages rencontrés sur ce chemin de poésie, un long chemin d’émerveillement.

          FRATERNITE

Des hommes qui se parlent
Font naître un peu de leurs paroles.
Et le pain, rayonnant sur la table,
Est là pour le partage.
Des hommes se rassemblent
Et des hommes se parlent.
La vie ne s’arrêtera plus
De couler dans leurs veines.